L’avenir du stylisme éthique - Beauties Lab

L’avenir du stylisme éthique

L’industrie de la mode affecte notre environnement ! Où est-ce que le métier du stylisme en était rendu d’un point de vue écologique ? Discussion avec Sabrina Deslauriers, styliste et consultante en mode.

L’industrie de la mode affecte grandement notre environnement, j’ai donc demandé l’avis d’une artiste dans ce milieu afin de savoir où est-ce que le métier du stylisme en était rendu d’un point de vue écologique. Discussion (via FaceTime) avec Sabrina Deslauriers, styliste, consultante en mode et co-fondatrice de l’agence d’artistes TEAMM.

Sabrina a travaillé sur plusieurs éditoriaux de magazines, tels que Clin d’œil, Châtelaine, Véro, Elle Québec, et sur divers projets publicitaires pour Bonlook, Bizou, Aldo Shoes, etc. De plus, son talent et son expertise font de l’œil aux personnalités québécoises (dont Valérie Roberts, Cœur de Pirate et plusieurs autres) qui font appel à ses services de styliste personnel. 

Crédit : www.teamm.agency/artists/sabrina-deslauriers

Crédit : www.teamm.agency/artists/sabrina-deslauriers

 

Fondée en 2016 par Sabrina et son amie Marie-Michèle, l’agence TEAMM regroupe environ 10 artistes exceptionnels, dont Samuel Fournier, Izabel Soucy, Alana et Maddie Alper (the Alper sisters). Pourquoi avez-vous créé une nouvelle agence d’artistes ?

On (Marie-Michelle et moi) trouvait que les principes d’agence présents sur le marché commençaient à être désuets avec l’évolution qui devenait beaucoup plus orientée vers le web. La demande change énormément, parce qu’il y a de plus en plus de projets et les budgets sont divisés différemment — ce n’est plus qu’une seule campagne. Que ce soit pour du web, du e-commerce ou les réseaux sociaux, le nombre de petits projets augmentent afin d’aider à appuyer la plus grosse campagne nationale. Nous avons donc remarqué cette demande et sauté sur l’occasion en créant une agence qui nous représentait. Plusieurs recherches ont été faites au départ pour savoir comment ça se passait également ailleurs et nous avons remarqué qu’il y avait place à l’innovation. Ce qui est gratifiant, en créant cette nouvelle agence, est de donner à l’artiste l’espace qui lui revient.

À travers tes 10 années d’expérience en tant que styliste, as-tu remarqué une évolution écologique ?

D’un point de vue venant de ma clientèle personnelle, oui. La majorité de mes clientes demandent de faire des choix venant de compagnies locales. Par contre, quand tu tombes dans du stylisme commercial qui englobe tout ce qui est campagne, la mode et l’écologie ne font pas bon ménage à 100% encore. C’est un début que les compagnies d’ici sont priorisées davantage, mais retenons qu’une marque canadienne ne veut pas nécessairement dire qu’elle est éthique. Aussi, les gens développent une sensibilité environnementale et nous remarquons que les plateaux sont de plus en plus « vert » (éviter les trucs jetables, avoir du recyclage, diminuer les déchets). On ne voyait pas ça avant !

As-tu de nouveaux défis dus à la conscience environnementale face à la mode ? 

Les défis sont personnels, c’est ton choix d’essayer de te conscientiser ou non. Je peux aider mon client à devenir plus alerte face aux problématiques environnementales, mais c’est un grand rôle à prendre qui ne se fait pas à 100%. La difficulté vient d’être soi-même consciente, d’être capable de performer et de continuer à faire son travail malgré tout cela.

Crédit : www.teamm.agency/artists/sabrina-deslauriers

Crédit : www.teamm.agency/artists/sabrina-deslauriers

 

Est-ce qu’il y a certaines compagnies que tu évites de plus en plus à faire des emprunts, car leurs valeurs sont néfastes ?

Je fais mes emprunts selon les besoins de mes clients. Il y a des compagnies que j’encourage moins pour des raisons personnelles, donc si je peux éviter d’y aller, tant mieux. À Montréal, on peut être limité dans nos choix, on fait ce qu’on peut avec ce qui est disponible ici pour offrir aux clients exactement ce qu’ils demandent. Être écoresponsable dans notre métier ce n’est pas si évidant.  

Est-ce que tu discutes parfois des dangers de l’industrie de la mode face à la surconsommation et la surproduction avec ta clientèle ?

Je ne pense pas que le client commercial de base est rendu là, ils ont leurs propres enjeux et ce n’est pas une conversation que j’ai déjà eue avec de grands détaillants. Dans le personnel avec les artistes, oui il y a une ouverture d’esprit plus présente. Par exemple, pour aider à diminuer la surconsommation, je vais leur conseiller de ne peut-être pas acheter autant de paires de pantalons ou de souliers et de prôner la qualité.

Crédit : www.teamm.agency/artists/sabrina-deslaurier

 

Est-ce que tes choix vestimentaires et les compagnies que tu encourages ont changé avec le temps ? 

Selon mes goûts et mes valeurs qui évoluent, c’est certains qu’ils ont changés. On était inconscient à une certaine époque et maintenant on y pense deux fois avant d’acheter un chandail de Forever21 à 17$. On n’en parlait pas beaucoup avant, mais aujourd’hui la société est plus axée sur des valeurs écologiques dans leur façon de consommer. Ça ne fait pas si longtemps qu’on peut dire que les gens, en général, ont une ouverture d’esprit. Il faut être réaliste avec ses capacités et y aller un pas à la fois.

Proposes-tu de plus en plus de designers locaux et d'entreprises d’ici à tes clientes commerciales ou personnelles ? 

Je vais avec ce qui est demandé, donc si je peux trouver ce qu’on recherche dans une entreprise locale, ça me fait plaisir de les encourager. C’est moi qui conseille les compagnies la majorité du temps, donc je vais y aller avec ce que je trouve intéressant — si c’est local, tant mieux. Les compagnies d’ici ont de plus petites collections, donc il y a moins de variété. Pour mes clientes personnelles, on a beaucoup d’ensembles à créer et à changer. Surtout pour la télé, on ne peut pas nécessairement les répéter, donc on fait des mix avec des designers d’ici, par exemple Eve Gravel et Bodybag by Jude. 

Comment contribuer vers la mode durable dans le milieu artistique et inspirer les autres à faire ainsi ?

Le fameux principe d’une robe portée une seule fois pour un gala, c’est terrible, car les robes sont ensuite à eux et elles dorment dans leur garde-robe. Ça ne devrait plus être un drame de porter les mêmes vêtements à la télé ou dans la vraie vie. 

Crédit : www.teamm.agency/artists/sabrina-deslauriers

Crédit : www.teamm.agency/artists/sabrina-deslauriers

 

As-tu une compagnie locale coup de cœur à partager ?

Eden Power Corps. est une compagnie locale avec des valeurs écologiques que j'aime beaucoup. À chaque fois qu’un chandail est vendu, un arbre est planté. De plus, leurs étiquettes sont biodégradables. 

Comment penses-tu que le métier du stylisme se développera ? 

Avec ce qui arrive en ce moment, je pense que la conscience du consommateur sera plus amplifiée. Dans les prochains mois, on va être obligé de se tourner vers le local (tout sera fait ici, car on ne pourra plus voyager pour un temps indéterminé). Par contre, avec toute l’anxiété que les gens vivent présentement, est-ce qu’on a vraiment l’intérêt de savoir c’est quoi les tendances du moment (printemps/été) ? Ce métier va prendre un coup et leur service sera moins en demande dû au des coupures nécessaires pour la survie des boutiques.

Le domaine créatif est très touché par la pandémie et c’est facile de tomber dans la panique, il ne faut pas essayer de trop voir dans l’avenir sur le comment tout cela va repartir. On se garde sain d’esprit et on se conscientise sur l’environnement sans oublier de continuer à encourager local ! 


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